Amjed Abdeddayem vogue vers le Nord
Roman de langue Arabe Traduit par: Jomâa souissi
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Ma vie, cette chienne, ne contient rien qui puisse titiller l’âme ou procurer ses lumières aux jours… Je suis une mauvaise herbe… Je suis une grenouille à la tête déplumée… Je suis le rejeton de l’échec, l’extraction des désillusions… Jamais un jour je ai réussi ou réalisé quoi que ce soit qui puisse prêter à une quelconque gloire.
Depuis que j’ai ouvert les yeux, je n’ai rencontré que les ténèbres… Le jour de ma naissance, mon père était absent comme à son habitude… Il n’y avait personne pour s’occuper des naissances. Tout le monde était occupé à dénombrer les morts… La guerre de libération embrasait la ville de Bizerte et les morts emportaient toute l’attention. Lorsque ma mère s’est sentie en gésine, elle n’a même pas trouvé une accoucheuse pour la soulager… Tout le village vivait au rythme de la bataille d’évacuation…
Ma mère nous a pondus donc, (un frère jumeau et moi) seule comme une chienne. Probablement nous avait-elle maudits. Avait-elle aussi maudit notre géniteur pour avoir semé en elle ces deux mauvaises graines… Et probablement notre mère avait-elle souhaité plus d’une fois notre mort… Elle n’avait pas suffisamment de courage pour nous étrangler, mais elle avait souhaité, en silence, notre anéantissement. Seulement, nous n’avons pas avalé notre bulletin de naissance comme si nous étions des canidés dotés d’innombrables âmes…
Dans ma vie, ma chienne de vie, nombreuses sont les raisons qui me poussent au suicide ; le présentant ainsi, orné, comme une belle issue, une passerelle pour une autre vie sans blessures ni pleurs… Sauf que je respire toujours... La guerre d’évacuation a pris fin. Les gens ont enterré leurs morts… Seule ma mère était inconsolable… Elle n’a enterré personne. Même moi ; moi qu’elle désirait tant, dans son secret, voir crever, ne suis pas mort.
Plus tard, je me suis essayé dans de nombreux domaines, mais n’ai réussi en aucun.
A mes débuts, j’ai fait aide maraîcher… puis, cireur de chaussures… puis, ferrailleur… puis chauffeur d’un corbillard… puis devin. Et lorsque j’ai échoué en tout, je suis devenu matelot.
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